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Christophe parle...

...Et se met en scĂšne


La Rochelle 

26/07/2002 - 

Peu loquace, le chanteur Christophe a accordé une rare entrevue à RFI Musique lors de son passage aux Francofolies de La Rochelle le 13 juillet. A la veille de son passage au Paléo Festival de Nyon en Suisse, écoutons les propos riches et hésitants de celui qui, cette année, a effectué un retour retentissant sur scÚne.




Mordu de blues, de musique Ă©lectronique, et de course automobile, solitaire impĂ©nitent, capable de passer des nuits entiĂšres dans son home studio pour assouvir son amour maniaque du son, Christophe est un personnage multi facettes, qui intrigue autant qu’il attire. Sa derniĂšre livraison, Comm’si la terre penchait est un modĂšle d’élĂ©gance, qui a su rencontrer son public et conquĂ©rir la critique. Et s’il est aujourd’hui de bon ton de se proclamer fan du chanteur des Mots bleus, le voir sur scĂšne demeure un petit Ă©vĂ©nement, puisque le bonhomme est plutĂŽt avare de concerts.

Absent des salles depuis vingt-sept ans, il a entamĂ© en fĂ©vrier dernier une tournĂ©e parcimonieuse (huit dates en six mois !). Mais dĂšs qu’il foule les planches, le musicien sait se montrer gĂ©nĂ©reux. Son rĂ©cent passage aux Francofolies de La Rochelle n’a pas déçu : des sons lĂ©chĂ©s, une mise en scĂšne prĂ©cieuse ont su crĂ©er une vĂ©ritable osmose avec un public qui s’est fendu d’une standing ovation. Rencontre avec cet artiste insaisissable, au sortir de sa date rochelaise.

Quel est votre Ă©tat d’esprit lorsque vous regagnez votre loge aprĂšs un tel concert ?
Je me sens comme si j’avais fait une sĂ©ance qui donne de l’énergie. Ce genre de rencontre avec un public qui ne joue que sur l’émotion me donne ce dont j’ai besoin. Naturellement je suis un peu sous pression avant, mais c’est un peu comme si j’avais fait une sĂ©ance de shiatsu. C’est le genre d’expĂ©rience qui me laisse en suspension.

Vous dites que la scĂšne est pour vous une sorte de thĂ©rapie. Une thĂ©rapie dont vous vous ĂȘtes passĂ©e pendant vingt-sept ans ! Vous avez emmagasinĂ© beaucoup de pression ?
Non, parce que j’ai libĂ©rĂ© cette pression par la crĂ©ation. Seul, dans mon petit coin, dans mon petit home studio. Dans ma solitude sauvage. J’adore ĂȘtre seul, c’est vrai ! Ceci dit, il n’y a pas que la musique. Heureusement pour moi, pour mon esprit, je suis attirĂ© par plein d’autres choses, ce qui prend beaucoup de mon temps. Et le temps passe si vite !
Moi, je vis dans le prĂ©sent. Je ne suis pas quelqu’un qui se projette vers le futur. Aujourd’hui, Ă  56 ans, j’ai toujours la mĂȘme philosophie que quand j’avais 13-14ans. Je me rends compte que je n’ai pas du tout changĂ© de ce cĂŽtĂ©-lĂ . Mon entourage me le reproche parfois.
Pour revenir au concert de ce soir, j’étais un petit peu perturbĂ© en arrivant, parce que je n’ai pas pu rĂ©pĂ©ter, ce qui est un peu paniquant. C’est pour ça que je suis rentrĂ© dedans assez doucement, pour comprendre un petit peu oĂč j’étais. Je n’ai effectivement dĂ©couvert la salle qu’en montant sur scĂšne. C’est Ă©tonnant, mais c’est comme ça ! J’ai commencĂ© Ă  Ă©couter ce qui se passait au niveau du son au fur et Ă  mesure, parce que naturellement, pour projeter quelque chose de fort et de vrai, la sensibilitĂ©, le feeling, il faut pouvoir entendre sa vibration.

C’est une maniĂšre de vivre chaque seconde intensĂ©ment !
Oui, en se mettant dans un Ă©tat de danger permanent. C’est un peu comme marcher sur un fil Ă  trois kilomĂštres du sol sans balancier ! Mais comme je suis joueur, j’y vais ! Et puis tout Ă  coup, il y a un petit moment (il claque dans ses doigts). Le dĂ©but d’un concert, c’est un peu comme un dĂ©part de Grand Prix : on ne sait jamais ce qui va se passer - il peut y avoir un faux dĂ©part, une voiture peut vous faire une queue de poisson, etc. LĂ , il fallait que la technique s’installe... Enfin on ne va pas dĂ©mystifier les choses !

Pour vous qui vivez plus la nuit que le jour, jouer à dix-neuf heures et apercevoir le soleil en sortant de scùne, c’est une premiùre ?!
Tout Ă  fait. Mais chaque jour a sa diffĂ©rence. La plus belle seconde, c’est toujours celle Ă  venir. On a roulĂ© toute la nuit, ce qui est assez fatigant. On a dormi tard. Mais je pense que si j’étais passĂ© Ă  mes heures tardives, ça aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© plus difficile. Alors que lĂ , au niveau de l’organe, du son, je ne me sentais pas fatiguĂ©. Je parle pour aujourd’hui !

Aujourd’hui, c'est le treize juillet. Le treize est votre chiffre fĂ©tiche, non ? C’est peut-ĂȘtre pour ça que le concert s’est bien passĂ© ?
Ah oui ! Je ne m’en suis mĂȘme pas rendu compte ! J’aurai du y penser plus sur scĂšne. Merde ! J’ai Ă©tĂ© con ! J’adore le treize, c’est vrai.

Quoiqu’il en soit, vous aurez des souvenirs palpables de cette soirĂ©e : des photos que vous prenez sur scĂšne avec un appareil jetable...
C’est une idĂ©e qui a mĂ»ri en juin 2001. Je savais qu’à l’intĂ©rieur de mon spectacle, je voulais le noir pour pouvoir prendre des photos, puis Ă  la fin poser mon appareil sur un coin de scĂšne pour qu’un voleur vienne le prendre. Je trouve cette idĂ©e simple, mais belle. Enfin c’est mon avis.

Personne ne vous a jamais retourné les photos ?
J’en suis à mon huitiùme concert...

Multiplié par vingt-quatre poses !
Oui !(rire) Mais je pense que ça arrivera. Je ne m’étais jamais posĂ© cette question, mais je le crois. Il y a des moments magiques qui font que tout Ă  coup une chanson peut s’écrire... Moi je ne marche qu’avec ça : je n’écris que sur l’émotion. Tant que l’étincelle ne jaillit pas, je reste dans mon espace.

Sur scÚne, vous utilisez les mots avec parcimonie, et préférez le silence aux banalités débitées à la va-vite...
Comme je l’expliquais, chaque concert - plutĂŽt chaque rencontre, je n’aime pas dire concert - a sa diffĂ©rence. Il m’est arrivĂ© de faire le fou parce que j’étais dans un autre Ă©tat ou que je jouais Ă  une heure diffĂ©rente. C’est inexplicable. La plupart du temps, je suis tout de mĂȘme dans le silence. Il faut que ce soit vrai, que je ressente quelque chose qui sorte de moi et qui soit un petit peu en marge de ce que je fais. Si c’est pour parler de musique quand on est en train de faire de la musique, c’est con, non ? Ce qui est bien c’est de partir ailleurs, je crois d’ailleurs que les gens aiment ça. Ce qui est intĂ©ressant, c’est le murmure Ă©motionnel qui sort de ce moment, cette espĂšce de synthĂšse qui Ă©mane du public. C’est ce que je cherche quand je vais Ă  un concert. DerniĂšrement, j’ai vu David Bowie, que j’aime beaucoup. Dans un moment comme celui-lĂ , je suis comme tout le monde ! L’émotion, c’est universel...

Votre spectacle montre combien vous ĂȘtes un ardent consommateur de musiques Ă©lectroniques...
Je ne baigne que dans le son Ă©lectro, car il permet de vraiment crĂ©er sa diffĂ©rence. Une fois que l’on a créé son propre son, il devient inimitable. En ce moment, j’écoute beaucoup un groupe belge qui s’appelle Vive la Vie et qui reprend Lemon incest de Gainsbourg. Ils ont fait ça dans leur home studio, lĂ  oĂč on fait les meilleures choses. Sinon j’aime beaucoup l’album d’Archive. C’est vraiment un disque que j’écoute en boucle. CĂŽtĂ© Français, j’aime beaucoup Keren Ann et Benjamin Biolay.

Certains artistes s’efforcent de retrouver un son live dans leurs enregistrements studio, or vous semblez adopter la dĂ©marche inverse : coller le plus possible Ă  un son trĂšs lĂ©chĂ© lors de vos prestations scĂ©niques...
Au bout de huit concerts, je suis toujours dans une pĂ©riode de recherche. C’est vrai que quand je suis en studio, je ne cherche pas Ă  obtenir un son live. J’adore crĂ©er dans mon home studio, ĂȘtre avec mes machines. Pour la scĂšne, j’aime bien avoir une boucle de studio qui tourne, et la mĂ©langer au jeu des musiciens. J’aimerais bien donner dans le minimalisme, avoir un trio par exemple, malheureusement ce n’est pas possible quand on a besoin des synthĂ©s. Mais pour le moment, j’analyse. Je prends des petits bouts, j’en enlĂšve... Je suis toujours dans le dĂ©but ! J’aime bien rester dans le rĂȘve. Je vis beaucoup au jour le jour, sans grande prise avec la rĂ©alitĂ©. C’est peut-ĂȘtre ce que je transmets : les gens sentent que je suis moi-mĂȘme, comme je respire. AprĂšs, on m’aime comme je suis ou pas du tout, mais je ne vais pas me refaire. Et puis, je n’en ai pas envie de toutes façons !...

Comm' si la Terre penchait (Mercury/Universal)

 

Loïc  BussiÚres