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Kaolin de retour

DeuxiĂšme album


Paris 

30/03/2004 - 

AprÚs une veine pop hypnotique précieusement électrique, explorée dans un premier album arrangé par les Valentins, le groupe Kaolin récidive en publiant De retour dans nos criques, nouvel opus ouvertement engagé en terrain rock. Sans tourner le dos au raffinement, fil rouge de ce deuxiÚme album, le band de Montluçon livre une copie plus brute, mais toujours aussi convaincante.



Apparus au grand public il y a tout juste deux ans, aprĂšs un parcours Ă©maillĂ© de premiĂšres parties prometteuses et de maxis auto produits, les Kaolin jouaient avec Allez, premiĂšre sortie au titre en forme de cri d’encouragement, la carte de la puissance contenue: ambiances ouatĂ©es, dĂ©licates envolĂ©es de sons saturĂ©s et mĂ©lodies planantes constituaient la carte de visite du quatuor de Montluçon qui s’offrait pour l’occasion les services des Valentins, docteur es-arrangements de luxe. Une pop ouvragĂ©e, Ă  la fois prĂ©cieuse et Ă©lectrique, mariant avec bonheur le dur et le doux, et prĂȘtant ainsi le flanc Ă  toutes sortes de mĂ©taphores gĂ©ologiques - le groupe empruntant son nom Ă  la roche argileuse utilisĂ©e dans la fabrication de la porcelaine.

De la roche au rock, il n’y a qu’un pas que le combo bourbonnais, dĂ©jĂ  auteur de live gĂ©nĂ©reux, franchit allĂ©grement avec ce nouvel opus. Plus brut, plus direct, De retour dans nos criques s’embarrasse effectivement moins de fioritures et autres poses stylistiques que son prĂ©dĂ©cesseur, pressĂ© de dĂ©livrer une puissance de feu jusqu’alors plus volontiers esquissĂ©e. "Avec Allez, on s’était vraiment attachĂ© aux arrangements, Ă  faire des belles choses. LĂ , on est allĂ© Ă  l’essentiel. Ça se rapproche plus de l’auto production. D’oĂč ce clin d’Ɠil au niveau du titre. (Bienvenue dans les criques, EP auto-produit paru en 2000 NDLR)" avance le groupe, qui confesse un Ă©tat d’esprit lĂ©gĂšrement diffĂ©rent pour ce deuxiĂšme essai.

LĂ  oĂč Allez privilĂ©giait l’élĂ©gance d’ambiances dĂ©licatement Ă©lectrifiĂ©es, c’est ici une ardeur juvĂ©nile qui prime: les charges de sons saturĂ©s se font plus franches, les rafales de batterie vĂ©hĂ©mentes, soutenues par des lignes de basse viriles. Les guitares naviguent trĂšs clairement du cotĂ© d’un rock franc du collier, Ă  l’image de Loin de L’üle, premier single qui donne le ton d’un album paradoxalement plus fougueux que le prĂ©cĂ©dent (malgrĂ© un relatif retour au calme Ă  mi parcours).


NĂ©anmoins, malgrĂ© leur volontĂ© d’éliminer le superflu, de tendre vers une certaine Ă©pure, et selon leurs propres termes d’"y aller de la façon la plus naĂŻve possible", les Kaolin, s’ils conservent l’énergie de l’auto production, livrent une copie aux antipodes de l’amateurisme. On pourrait Ă  ce titre invoquer les interventions du sorcier du son Dave Fridman, prĂ©posĂ© au mix lors du passage du groupe au studio amĂ©ricain Tarbox, par lequel avait dĂ©jĂ  transitĂ© Mercury Rev ou les Flaming Lips. Mais la prĂ©sence au gĂ©nĂ©rique du New-yorkais demeure le seul semblant de luxe d’un album qui boude par ailleurs toute coquetterie, sans pour autant se dĂ©partir d’une grĂące naturelle. Soucieux de limiter au maximum les interventions extĂ©rieures, quitte Ă  travailler dans une certaine forme d’urgence, les rockers auvergnats se sont appliquĂ©s Ă  se rapprocher du live, avec un dĂ©sir constant d’immĂ©diatetĂ©. "C’est un truc qui ne nous va pas mal. On s’est rendu compte que cette petite pression nous faisait ĂȘtre ce que l’on est vraiment dans le local de rĂ©pĂ©titions ou sur scĂšne" avance Guillaume, la voix de Kaolin, dont le timbre fragile s’aventure dans les aigus avec une belle assurance.

Et si les textes gentiment baroques ("je m’enfuis et je m’égare/immobile et sans ton phare/ramĂšne moi enfin Ă  l’üle/lĂ  tout seul debout je grille") sont souvent noyĂ©s sous l’omniprĂ©sence de riffs, on saura grĂ© au quatre de Montluçon de tourner le dos aux clichĂ©s du rock cĂ©rĂ©bral. "On a pas cherchĂ© Ă  trop se creuser la tĂȘte, Ă  chercher l’arrangement juste... puisqu’on a pas d’arrangement! On a tout enregistrĂ© en live, dans un piĂšce, tous les quatre: c’est comme ça que l’on rĂ©pĂšte, que l’on maquette, et que les chansons se crĂ©ent. Il n’y avait aucune raison qu’on ne prenne pas notre pied Ă  le faire sur la galette !". Evoquant parfois le raffinement musclĂ© de Placebo ou des Britanniques Muse, ce Retour dans nos criques allie l’enthousiasme suant des disques auto produits et une maturitĂ© sonore des plus sĂ©duisantes. On avait quittĂ© les Kaolin outsiders, les voilĂ  forces vives du rock made in France!

Kaolin De retour dans nos criques Barclay 2004

Loïc  BussiÚres