ParisÂ
25/11/2004 -Â

On peut toujours se demander ce qui pousse un chanteur (abandonnĂ©, malheureux ?) Ă reprendre du service (les sĂ©ances dâenregistrement, la promo, les rendez-vous, le stress, tout ça...) aprĂšs une longue pĂ©riode dâoubli, et ce malgrĂ© quelques tentatives discographiques peu fructueuses. MĂȘme sâil ne nous avait pas vraiment quittĂ©, Michel Delpech, car on peut lâentendre, si lâon veut, rĂ©guliĂšrement en boucle sur Radio Nostalgie ("Un vol de perdreau par-dessus les champs/volait vers les nuages..."). La raison en est que ce faiseur de tubes (Les DivorcĂ©s, Le Loir-et-Cher, Que Marianne Ă©tait jolie, Wight is Wight, Pour un flirt, Nos quinze ans...) vient de se ressaisir aprĂšs une longue dĂ©pression dont on taira pudiquement la durĂ©e.
Et on a lâimpression que, cette fois, câest la bonne ! Câest vrai quâil est plutĂŽt rĂ©ussi, ce nouvel opus Ă la tonalitĂ© musicale folk et country dont il signe la majoritĂ© des textes. Les musiques revenant Ă un jeune compositeur inconnu, Laurent Foulon, amateur comme lui de JJ Cale et de James Taylor. En lui, il a retrouvĂ© le sang neuf qui lui manquait. Guitares sĂšches, ambiance cool et feutrĂ©e, sans cassure de style entre une chanson et lâautre, Michel Delpech dĂ©roule ses saynĂštes empruntĂ©es au quotidien, sortes de chroniques urbaines, de portraits dâhomme, lâun solitaire, lâautre jaloux de Nicholson (dans Nicholson & Co, meilleure chanson de lâalbum ?), de dĂźners en couple dâamis qui tournent en rond, sur un ton un rien dĂ©sabusĂ© mais avec une vraie poĂ©sie. EntiĂšrement composĂ© Ă Charleroi, en Belgique, Comme vous a, en outre, bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun plan promo offensif. MĂȘme si on peut regretter que Michel Delpech doive se plier Ă lâexercice qui consiste Ă fredonner ses anciennes chansons dans les Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es alors quâil y vient justement pour prĂ©senter les nouvelles.
Chanteur générationnel

Les deux compĂšres signent Ă©galement avec Petite France une trĂšs belle chanson dâamour Ă leur pays, toute en langueur et en nostalgie. Dans Ce soir au cirque, ce sont les illusions perdues que le chanteur Ă©voque, et quâil dĂ©die Ă Ămilie, une jeune fille qui sâest donnĂ© la mort. GrĂące Ă ce nouvel album, on ne peut que souhaiter Ă©videmment Ă Michel Delpech de drainer un nouveau public, plus jeune. Dâailleurs, câest Ă lui quâil sâadresse dans ce Comme vous : "Nous pouvons tout entendre/on a tout fait avant vous/chercher la poudre blanche/rentrer avec les loups..." Et de sâĂ©pancher dans le quotidien France-Soir sur sa vie dâavant : "Jâavais besoin quâon parle absolument de moi, câest bien connu quâau dĂ©part, on fait ce mĂ©tier pour coucher avec les filles. Et chez les chanteurs de ma gĂ©nĂ©ration, il y avait de sacrĂ©s chauds lapins." Dans lâhebdomadaire de tĂ©lĂ©vision TĂ©lĂ©rama, câest le vĂ©cu qui parle : "Les jeunes sont plus affranchis que nous des gĂ©ants du rock et des fantĂŽmes qui nous Ă©crasaient." Clin dâoeil Ă BĂ©nabar, qui le cite souvent comme un modĂšle, et qui lui a proposĂ© de le rejoindre sur la scĂšne parisienne du Grand Rex. Ensemble, ils ont repris Quand jâĂ©tais chanteur.
Chanteur gĂ©nĂ©rationnel sâil en est, celle de la beat generation, Delpech nous offre lĂ des chansons qui lui ressemblent, refusant dâĂȘtre figĂ© dans une Ă©poque, et conformes Ă lâidĂ©e que lâon se fait de lâartiste. Un mec simple, sans prĂ©tention, pas blasĂ© mais revenu de tout. Un chanteur qui nâaura pas vu venir les prĂ©dateurs de toutes sortes, trop tĂŽt happĂ© dans le tourbillon du star-system : il n'a que dix-huit ans lorsquâil rencontre son premier succĂšs en 1965, avec Chez Laurette. Dans les annĂ©es 60 et 70, il n'a cessĂ© dâĂȘtre lâun des plus gros vendeurs de disques de la variĂ©tĂ© française, avant de rencontrer un sĂ©rieux passage Ă vide au dĂ©but des annĂ©es 80 (il n'a pas Ă©tĂ© le seul).Michel Delpech Comme vous (AZ/Universal) 2004
En concert à Paris au Bataclan les 7, 8 et 12 février 2005Pascale Hamon
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20/12/2006 -Â