ParisÂ
16/03/2007 -Â

RFI Musique : Il sâest passĂ© trois ans depuis Talkie Walkie, votre album prĂ©cĂ©dent. Mais vous nâavez guĂšre chĂŽmĂ© : lâalbum solo de Jean-BenoĂźt, Darkel, lâĂ©criture et lâenregistrement de 5 : 55, lâalbum de Charlotte GainsbourgâŠ
Jean-BenoĂźt Dunckel : Sans compter tout ce qui ne sort pas. Certains acteurs de cinĂ©ma disent que câest hygiĂ©nique de faire du théùtre. Nous, nous ne pouvons pas faire de disques sans travailler les instruments, sans nous tenir au courant, sans sâoccuper de soi pour ne pas tomber malade â en tournĂ©e, il faut rester en forme, on est comme des cosmonautes (rires).
Nicolas Godin : Il faut se nourrir. Sinon on arrive au clichĂ© du disque qui ne parle que des chambres dâhĂŽtel et de la vie de tournĂ©e. On est obligĂ© dâavoir des side projects, dâaller Ă des expos, de voir des films, dâĂ©couter plein de disques, dâanalyser plein de chansons. Et puis jâai appris les instruments japonaisâŠ
Justement, vous jouez du koto ou du shamisen sur plusieurs titres.
Nicolas Godin : Câest quelque chose qui germait en nous depuis des annĂ©es, un style musical qui Ă©tait induit dans plein de chansons et qui nâavait pas encore Ă©tĂ© portĂ© Ă son paroxysme. Maintenant, câest fait, je suis prĂȘt Ă passer Ă autre chose.
Comment se passe votre collaboration avec le producteur Nigel Godrich qui en est déjà à deux albums avec vous, outre le disque de Charlotte Gainsbourg ?
Nicolas Godin : Câest compliquĂ©. Il y a des morceaux oĂč il fait tout, des morceaux oĂč il ne fait rien parce quâil nây a rien Ă faire.
Jean-Benoßt Dunckel :Entre nous, la non-communication est nécessaire.
Jarvis Cocker (ex-Pulp) et Neil Hannon (Divine Comedy) chantent sur cet album, aprĂšs avoir collaborĂ© avec vous sur lâalbum de Charlotte Gainsbourg. Est-ce une nouvelle famille artistique ?
Nicolas Godin : Câest plutĂŽt une sorte dâĂ©quipe. Nous nous sommes rencontrĂ©s sur lâalbum de Charlotte et lâoccasion fait le larron. On ne sâest pas dit : "qui peut-on avoir comme guests sur notre album ?"
Il y a maintenant dix ans que vous ĂȘtes apparus dans le paysage. A quoi attribuez-vous cette longĂ©vitĂ© exceptionnelle par rapport aux autres groupes et artistes apparus en mĂȘme temps que vous ?
Nicolas Godin :La majeure partie des groupes appartenaient Ă un style musical et ce style est passĂ© de mode. Or, mĂȘme au moment de la grosse hype de la French touch, nous faisions un genre de musique bien particulier. Alors, quand la mode est passĂ©e, nous sommes restĂ©s. Si on fait partie dâune couleur musicale, on disparait quand les gens en ont marre de cette couleur. DĂšs le dĂ©part, nous Ă©tions Ă lâopposĂ© de la house music, on jouait dâinstruments alors que tout le monde avait des samplers. On sâest servi de la French touch comme dâun tremplin mais on Ă©tait des outsiders â on est outsiders de tout, on sera des outsiders toute notre vie.
Vous avez terminĂ© cet album lâĂ©tĂ© dernier. Sur quoi travaillez-vous depuis ?
Nicolas Godin : Sur le spectacle Xavier Veilhan (les 6 et 7 avril au Centre Georges-Pompidou : ndlr) qui sâappelle AĂ©rolithe, un concert avec Phoenix Ă Versailles (sur le Bassin de Neptune, dans les jardins du ChĂąteau, le 29 juin), on a recrutĂ© les musiciens de la tournĂ©e sur laquelle on a commencĂ© Ă travailler.
Une aussi grosse tournée que la précédente ?
Nicolas Godin : Nous allons essayer de casser la routine en allant dans des endroits quâon a jamais faits, comme la Chine.
Jean-Benoßt Dunckel : Une longue tournée espacée de moments de repos, pour la famille.
Est-ce facile de concilier une vie de famille et une carriĂšre internationale comme la vĂŽtre ?
Jean-BenoĂźt Dunckel : Les contraintes ne sont pas spĂ©cifiques au mĂ©tier de musicien. Il y a plein de mĂ©tiers dans lequel le papa est obligĂ© de partir au loin travailler. La tournĂ©e, câest une organisation un peu militaire dans laquelle il faut tout gĂ©rer de façon prĂ©cise, prendre garde aux piĂšges de la fĂȘte⊠Mais câest indispensable Ă Air de rencontrer son public. Ce qui est gĂ©nial maintenant, câest que les morceaux ont vraiment un fondement solide et quâon prend plaisir Ă les jouer sur scĂšne.

Il y a encore dans cet album quelques chansons qui semblent impossibles Ă jouer sur scĂšneâŠ
Nicolas Godin : Il y a plein de morceaux de ce genre. Mais, maintenant, on a un rĂ©pertoire assez abondant pour pouvoir sâen passer. Mais, au moment de Moon Safari, la moitiĂ© de lâalbum Ă©tait injouableâŠ
Avez-vous des projets de collaboration, comme celui avec Charlotte Gainsbourg ?
Nicolas Godin : On ne fait jamais deux fois la mĂȘme chose. Une musique de film, un spectacle de danse, un album pour un autre artiste⊠A chaque fois, nous abordons un nouveau domaine. LâidĂ©e, câest de voir quelle autre chose pourrait suivre. A priori, ce nâest pas notre vocation dâĂ©crire des chansons pour dâautres artistes.
Et vous voyez-vous faire incursion, vous-mĂȘmes, dans dâautres formes artistiques que la musique ?
Nicolas Godin : Je crois surtout quâon adore tellement la zique quâon sâennuierait ailleurs. Je nâai jamais regardĂ© le travail de quelquâun dâautre en me disant que jâaurais envie de le faire. Je lis toute la journĂ©e les romans dâAlessandro Baricco mais je ne veux pas Ă©crire de livre, je nâai aucun goĂ»t pour faire autre chose que ce que je fais. A Hollywood, nous avons rencontrĂ© les acteurs les plus cĂ©lĂšbres de la terre, tous riches comme la reine dâAngleterre, mais rien dâautre ne me fait envie que de faire de la musique.
Jean-BenoĂźt Dunckel : Les acteurs nous ont dit : "Tu as une idĂ©e, tu la joues, tu lâenregistres. Moi, je suis obligĂ© dâattendre trois jours pour avoir ma scĂšne Ă jouer. Et je ne fais que ce quâon me dit."
Bertrand Dicale
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