ParisÂ
07/05/2007 -Â

Nâessayer surtout pas de ranger cet artiste-lĂ dans une case : il a horreur de ça. "Mon pĂšre est amĂ©ricain du Texas, ma mĂšre française de Provence et jâai grandi au QuĂ©bec, explique Thomas Hellman, boucles brunes et fossettes en coin. Jâai Ă©tĂ© bercĂ© autant par le folk amĂ©ricain que la chanson française et quĂ©bĂ©coise." Bob Dylan, Bonnie Prince Billy, Leonard Cohen, Jacques Brel, Georges Brassens, Richard Desjardins, FĂ©lix Leclerc⊠A 31 ans, Thomas Hellman a fait son miel de toutes ces rĂ©fĂ©rences musicales. Refusant toujours les limites imposĂ©es par le marchĂ© : "Je chante en anglais, en français et en franglais ! Je fais un peu figure dâovni Ă une Ă©poque oĂč lâindustrie du disque cherche toujours Ă catĂ©goriser pour mieux vendre." Son style alors ? Le tissage des genres. Le chanteur compositeur nâhĂ©site en effet pas Ă tresser ses albums de fils folk, roots, chanson, country ou rock. Ajustant les couleurs sans jamais dĂ©tonner.
Le coffret que le label Harmonia Mundi lui consacre est dâailleurs Ă son image : bilingue et multi-styles. A lâintĂ©rieur, deux galettes sont superposĂ©es : lâune totalement anglophone et trĂšs "balade folk" (Departure Songs), lâautre presque entiĂšrement en français et musicalement plus variĂ©e (Lâappartement). En fait, la premiĂšre est une compilation de deux albums auto-produits par Thomas Hellman Ă ses dĂ©buts. Quand il jonglait entre ses Ă©tudes Ă lâuniversitĂ© Mac Gill et les petits concerts dans les bars de MontrĂ©al. "Une super Ă©poque. Tout le monde devrait passer par lĂ . Ăa donne les reins solides de jouer dans des salles oĂč personne nâĂ©coute, pour un public qui sâen fout, qui tâenvoie chier ou au contraire qui embarque avec toi. Jâai appris ainsi Ă respecter mon public." RĂ©citals dans la rue, le chapeau tendu. Shows au festival des arts de PĂ©kin devant 5 000 personnes ou en classe, Ă quinze ans, devant un parterre de petits camarades⊠Le song-writer quĂ©bĂ©cois en a connu des publics ! Avant de se produire en solo, il a mĂȘme Ă©tĂ© chanteur et guitariste dans une formation blues puis dans un groupe de musiques traditionnelles (bretonne, irlandaise, quĂ©bĂ©coise et Ă©cossaise⊠Rien que ça !) .

Thomas Hellman a dĂ©cidĂ© trĂšs tĂŽt de placer sa vie sous lâĂ©toile de la musique. Le dĂ©clic a eu lieu Ă 17 ans, derriĂšre les carreaux dâun bus de nuit le ramenant de New York Ă MontrĂ©al. "Je jouais et jâĂ©crivais depuis quelques annĂ©es. Je savais que je nâĂ©tais pas prĂȘt mais jâai senti que câĂ©tait ce chemin quâil fallait que je prenne pour ĂȘtre heureux. Jâai composĂ© Greyhound Song ce soir-lĂ ." Pour se gargariser de mots, de poĂ©sie et se lancer en douceur, Thomas sâinscrit en parallĂšle en Master de littĂ©rature. Fricotant avec mille et un livres et auteurs, il sâamourache de Samuel Beckett. "Jâaime son Ă©criture musicale, sa hargne et son approche sans concession. Il Ă©crivait aussi bien en français quâen anglais : câest lui qui mâa fait comprendre que je nâavais pas Ă choisir entre mes deux cultures". Depuis, Thomas se sent plus libre. Plus inspirĂ©. Il utilise ses deux langues comme deux instruments de musique distincts. Ecrivant beaucoup dans les avions, les bus, les villes quâil traverse lors de ses nombreuses tournĂ©es. Ou bien en dĂ©ambulant dans le parc du Mont-Royal, Ă MontrĂ©al, un mini-calepin Ă la main. Ses histoires dâamour lâinspirent, la schizophrĂ©nie de MontrĂ©al le stimule, les saisons lui soufflent des paroles⊠Sur Lâappartement (son premier album francophone), pas moins de trois chansons chantent lâhiver (La JournĂ©e finie, Maudits soirs de fĂ©vrier, A Funny Shade of Blue)!

Mais ce disque â paru au QuĂ©bec en 2005 et rĂ©alisĂ© par Jean Massicotte (Lhasa, Arthur H, Jean Leloup, Pierre Lapointe) â est avant-tout une ode Ă lâexistence. A ses tourments et Ă ses joies simples. Pour nous les conter, Thomas Hellman a mis en scĂšne plusieurs personnages, un peu comme dans une piĂšce de théùtre. Au coin dâune rue, on croise un amoureux Ă©conduit (Reviens-moi). Sur un balcon, un jeune homme Ă©pris de sa voisine, occupĂ© Ă lâĂ©pier (Lâadmirateur secret). Sur une vieille bicyclette, un aventurier (JusquâĂ la fin du monde) et dans une taverne, un mal lunĂ© (Foutez-moi la paix)⊠La Mathilde de Brel fait aussi son apparition, Ă travers une ardente reprise entonnĂ©e moitiĂ© en anglais, moitiĂ© en français ! Thomas Hellman a de lâaudace, mais aussi un goĂ»t prononcĂ© pour lâimperfection. Quâelle soit textuelle ou sonore, elle est revendiquĂ©e : "Jâessaye de plus en plus dâĂ©crire de façon spontanĂ©e, pour que ça sonne vrai, quitte Ă ce que tout ne soit pas structurĂ© de façon mathĂ©matique", dit-il. Idem pour le son : le chanteur et ses musiciens se placent en cercle quand ils jouent en studio. "A lâamĂ©ricaine". Enregistrant du premier coup guitares, contrebasse, lapsteel, voix, violoncelle et autres instruments. "Sâil y a des petites erreurs, de lĂ©gers dĂ©rapages, tant mieux. Comme disait Leonard Cohen : "Il y a une faille dans tout. Câest par lĂ que la lumiĂšre entre". "
Thomas Hellman coffret deux CD : LâAppartement et Departure Songs (Justin Time/Harmonia Mundi) 2007
En concert le 9 et le 10 mai au ZĂšbre de Belleville, Ă Paris.
Fleur De la Haye
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