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Elisabeth Kontomanou

Retour gagnant


Paris 

10/10/2007 - 

"Quand on me demande d’oĂč je viens, je rĂ©ponds que je suis un enfant de l’univers. A priori, je me sens bien partout, du moment que je suis libre de mes mouvements et que je peux explorer
 " Elisabeth Kontomanou est de retour avec un nouvel album autobiographique, Back to my groove,  qui retrace le parcours intime de celle qui fut pupille de la nation. Elle s’y livre en toute intimitĂ©, dĂ©voilant les bleus Ă  l’ñme d’une femme qui a beaucoup endurĂ© avant d’en arriver au succĂšs que l’on sait. C’était en 2005, alors qu’elle venait de rentrer de New York pour s’installer Ă  Stockholm, et qu’elle venait de publier le premier des deux albums peuplĂ©s de standards qui feront entrer cette forte personnalitĂ© dans les oreilles du grand public. Rencontre.



RFI Musique : Back to my groove, ce titre sonne comme une mise au point ?
Elisabeth Kontomanou :
Pas du tout. Il ne faut pas l’entendre comme une rĂ©ponse aux disques qui ont prĂ©cĂ©dĂ©. Je parle de mes souffrances, de mes espĂ©rances aussi. Il y a d’anciennes chansons et de plus rĂ©centes. Contrairement aux deux prĂ©cĂ©dents albums, consacrĂ©s aux standards, ce disque est simplement plus personnel. Les textes que j’ai Ă©crits, racontent ma vie, des histoires pas toujours trĂšs drĂŽles, mĂȘme si je pense que la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale est plutĂŽt optimiste. Quant aux musiques que j’ai composĂ©es, elles Ă©voquent les influences qui m’ont nourrie : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Louis Armstrong, mais aussi Stevie Wonder, Curtis Mayfield ou Donny Hattaway. Donc du jazz, mais aussi de la soul
 et puis du blues, une musique que j’aime entendre dans la mienne, car elle est le lien avec les racines.

Pourquoi chanter en anglais ?
Parce que je ne suis pas Michel Legrand ! Pour moi, ça coule de source ! il s’agit de blues, de soul, pas de chansons françaises. J’en ai Ă©coutĂ©, mais je ne m’identifie pas Ă  ça. Je peux le faire : d’ailleurs, je figure sur le nouveau disque de la pianiste LeĂŻla Olivesi, oĂč j’interprĂšte en français les textes de sa mĂšre sur de la musique improvisĂ©e. C’est super ! mais c’est autre chose


Avant de partir aux Etats-Unis, au milieu des annĂ©es 90, vous chantiez plutĂŽt dans un style wordless. Et puis Ă  votre retour, vous avez publiĂ© coup sur coup deux albums de standards.  RĂ©trospectivement, pensez-vous qu’il fallait en passer par lĂ  pour connaĂźtre le succĂšs ?
Non. C’est juste mon histoire. Pour chacun c’est diffĂ©rent. MĂȘme si je sais bien que les mots, ça compte pour le public. Ce succĂšs, je le dois aussi Ă  un producteur qui y a vraiment cru. Il n’y a pas secrets : il faut ĂȘtre soutenue par une maison de disques. Quant aux standards, si je les chante et les chanterai, c’est parce je pense en ĂȘtre dĂ©sormais capable. Auparavant, je n’avais ni la maturitĂ©, ni l’expĂ©rience pour leur faire honneur face Ă  un auditoire. Il faut avoir un peu vĂ©cu pour dire ces mots-lĂ . Ils sont chargĂ©s, et les histoires qu’ils portent doivent faire partie de la vĂŽtre. Sinon, ça n’a aucun poids, aucun sens, aucune vĂ©ritĂ©. Je pense qu’Abbey Lincoln est en droit de le faire. Elle est le lien avec cette musique, bien plus Diana Krall.

Comment fait-on pour composer quand on est autodidacte comme vous ?
Eh bien, c’est trĂšs facile. Si j’ai une chanson qui vient, je peux trouver les accords sur la guitare ou sur le piano, mĂȘme si mes connaissances thĂ©oriques sont trĂšs limitĂ©es. Cela permet de mettre la base. AprĂšs, un musicien dont c’est le mĂ©tier rĂ©ajuste comme je l’entends vraiment.

Sur un thĂšme, vous chantez en duo avec votre fils Gustav Karlström Ă  propos de vos retrouvailles, en SuĂšde. Un autre de vos fils, Donald, tient les baguettes. Le casting de ce disque, c’est avant tout une histoire de famille

Faire un casting, c’est une question d’affinitĂ©s musicales mais aussi humaines. Et celui-lĂ  colle parfaitement aux intentions de mon disque. Je voulais des musiciens que je connais et qui connaissent le jazz. C’est pourquoi il y a Leon Parker, Sam Newsome, Orrin Evans ou Marvin Sewell, des musiciens amĂ©ricains avec qui je m’entends bien
 Et puis Thomas Bramerie, le contrebassiste avec qui je joue depuis bientĂŽt vingt ans. C’est une longue histoire d’amitiĂ© et de connivence musicale, quelqu’un qui m’a beaucoup aidĂ©e quand j’étais dans la galĂšre. Enfin, deux de mes quatre enfants, Ă©videmment, sont trĂšs prĂ©sents : Donald mon aĂźnĂ© qui m’a dĂ©jĂ  souvent accompagnĂ©e et Gustav qui, Ă  21 ans, a fait preuve d’une incroyable maturitĂ©. C’est lui qui s’est chargĂ© de tous les arrangements pour le quatuor Ă  cordes et la section de cuivres. Sur ce disque, il fait Ă©galement des voix, mais il est aussi pianiste et compositeur. Tous les deux savent exactement ce que je veux. On se dit tout, sans retenue. Ça fonctionne dans les deux sens. Mais attention, s’ils sont lĂ , c’est avant tout parce qu’ils sont d’excellents musiciens.

Vous avez d’ores et dĂ©jĂ  enregistrĂ© votre prochain album

Oui, il s’agit de vieilles chansons des annĂ©es 30 et 40, que j’ai toutes choisies en fonction de leurs paroles. Il y a beaucoup du rĂ©pertoire que chantait Billie, mais aussi des piĂšces liĂ©es Ă  Armstrong
 Je viens de les enregistrer en duo avec Laurent Courthaliac, un pianiste qui connaĂźt le jazz des origines. Il joue cette musique telle qu’elle est, avec les harmonies d’époque, sans broderies. Cela correspond Ă  ce que je cherche actuellement : je suis en quĂȘte des racines du jazz, La Nouvelle-OrlĂ©ans, des choses qui Ă©taient jusqu’à peu trĂšs Ă©loignĂ©es de moi. Je connaissais ça vaguement. DĂ©sormais j’ai besoin d’y aller vraiment, pas simplement d’effleurer le sujet.

Cela repasse par New York, la Mecque du genre, la ville que vous avez quittĂ©e voici trois ans ?
ForcĂ©ment. Je suis partie avec une sale image des Etats-Unis, pas du jazz. Ce sont deux choses diffĂ©rentes. D’ailleurs, je compte bien y retourner, pas nĂ©cessairement pour y habiter, pour continuer Ă  Ă©tudier cette musique. C’est lĂ  que le jazz est vivant, que se trouvent les gens qui m’inspirent. Et ce mĂȘme si j’y ai connu le pire, la misĂšre. J’ai dĂ» faire des petits boulots pour survivre, j’allais chercher Ă  manger dans les Ă©glises, mais je me suis accrochĂ©e. Je continuais coĂ»te que coĂ»te Ă  assurer des gigs, j’avais un groupe, le Fort Green Project du nom du quartier de Brooklyn oĂč j’habitais alors, avec des amis musiciens du coin. Jusqu’au jour oĂč j’ai dĂ» m’enfuir de chez moi avec mes enfants pour atterrir dans un foyer de sans-abris Ă  Harlem. Mais lĂ  encore, malgrĂ© tout le tas d’acrobaties qu’il fallait faire puisque cela fermait en dĂ©but de soirĂ©e, j’ai continuĂ© Ă  aller chanter.

Elisabeth Kontomanou Back to my groove
Au Casino de Paris le 22 novembre (Nocturne) 2007

Jacques  Denis