ParisÂ
10/10/2007 -Â

RFI Musique : Back to my groove, ce titre sonne comme une mise au point ?
Elisabeth Kontomanou : Pas du tout. Il ne faut pas lâentendre comme une rĂ©ponse aux disques qui ont prĂ©cĂ©dĂ©. Je parle de mes souffrances, de mes espĂ©rances aussi. Il y a dâanciennes chansons et de plus rĂ©centes. Contrairement aux deux prĂ©cĂ©dents albums, consacrĂ©s aux standards, ce disque est simplement plus personnel. Les textes que jâai Ă©crits, racontent ma vie, des histoires pas toujours trĂšs drĂŽles, mĂȘme si je pense que la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale est plutĂŽt optimiste. Quant aux musiques que jâai composĂ©es, elles Ă©voquent les influences qui mâont nourrie : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Louis Armstrong, mais aussi Stevie Wonder, Curtis Mayfield ou Donny Hattaway. Donc du jazz, mais aussi de la soul⊠et puis du blues, une musique que jâaime entendre dans la mienne, car elle est le lien avec les racines.
Pourquoi chanter en anglais ?
Parce que je ne suis pas Michel Legrand ! Pour moi, ça coule de source ! il sâagit de blues, de soul, pas de chansons françaises. Jâen ai Ă©coutĂ©, mais je ne mâidentifie pas à ça. Je peux le faire : dâailleurs, je figure sur le nouveau disque de la pianiste LeĂŻla Olivesi, oĂč jâinterprĂšte en français les textes de sa mĂšre sur de la musique improvisĂ©e. Câest super ! mais câest autre choseâŠ
Avant de partir aux Etats-Unis, au milieu des annĂ©es 90, vous chantiez plutĂŽt dans un style wordless. Et puis Ă votre retour, vous avez publiĂ© coup sur coup deux albums de standards. RĂ©trospectivement, pensez-vous quâil fallait en passer par lĂ pour connaĂźtre le succĂšs ?
Non. Câest juste mon histoire. Pour chacun câest diffĂ©rent. MĂȘme si je sais bien que les mots, ça compte pour le public. Ce succĂšs, je le dois aussi Ă un producteur qui y a vraiment cru. Il nây a pas secrets : il faut ĂȘtre soutenue par une maison de disques. Quant aux standards, si je les chante et les chanterai, câest parce je pense en ĂȘtre dĂ©sormais capable. Auparavant, je nâavais ni la maturitĂ©, ni lâexpĂ©rience pour leur faire honneur face Ă un auditoire. Il faut avoir un peu vĂ©cu pour dire ces mots-lĂ . Ils sont chargĂ©s, et les histoires quâils portent doivent faire partie de la vĂŽtre. Sinon, ça nâa aucun poids, aucun sens, aucune vĂ©ritĂ©. Je pense quâAbbey Lincoln est en droit de le faire. Elle est le lien avec cette musique, bien plus Diana Krall.
Comment fait-on pour composer quand on est autodidacte comme vous ?
Eh bien, câest trĂšs facile. Si jâai une chanson qui vient, je peux trouver les accords sur la guitare ou sur le piano, mĂȘme si mes connaissances thĂ©oriques sont trĂšs limitĂ©es. Cela permet de mettre la base. AprĂšs, un musicien dont câest le mĂ©tier rĂ©ajuste comme je lâentends vraiment.
Sur un thĂšme, vous chantez en duo avec votre fils Gustav Karlström Ă propos de vos retrouvailles, en SuĂšde. Un autre de vos fils, Donald, tient les baguettes. Le casting de ce disque, câest avant tout une histoire de familleâŠ
Faire un casting, câest une question dâaffinitĂ©s musicales mais aussi humaines. Et celui-lĂ colle parfaitement aux intentions de mon disque. Je voulais des musiciens que je connais et qui connaissent le jazz. Câest pourquoi il y a Leon Parker, Sam Newsome, Orrin Evans ou Marvin Sewell, des musiciens amĂ©ricains avec qui je mâentends bien⊠Et puis Thomas Bramerie, le contrebassiste avec qui je joue depuis bientĂŽt vingt ans. Câest une longue histoire dâamitiĂ© et de connivence musicale, quelquâun qui mâa beaucoup aidĂ©e quand jâĂ©tais dans la galĂšre. Enfin, deux de mes quatre enfants, Ă©videmment, sont trĂšs prĂ©sents : Donald mon aĂźnĂ© qui mâa dĂ©jĂ souvent accompagnĂ©e et Gustav qui, Ă 21 ans, a fait preuve dâune incroyable maturitĂ©. Câest lui qui sâest chargĂ© de tous les arrangements pour le quatuor Ă cordes et la section de cuivres. Sur ce disque, il fait Ă©galement des voix, mais il est aussi pianiste et compositeur. Tous les deux savent exactement ce que je veux. On se dit tout, sans retenue. Ăa fonctionne dans les deux sens. Mais attention, sâils sont lĂ , câest avant tout parce quâils sont dâexcellents musiciens.

Vous avez dâores et dĂ©jĂ enregistrĂ© votre prochain albumâŠ
Oui, il sâagit de vieilles chansons des annĂ©es 30 et 40, que jâai toutes choisies en fonction de leurs paroles. Il y a beaucoup du rĂ©pertoire que chantait Billie, mais aussi des piĂšces liĂ©es Ă Armstrong⊠Je viens de les enregistrer en duo avec Laurent Courthaliac, un pianiste qui connaĂźt le jazz des origines. Il joue cette musique telle quâelle est, avec les harmonies dâĂ©poque, sans broderies. Cela correspond Ă ce que je cherche actuellement : je suis en quĂȘte des racines du jazz, La Nouvelle-OrlĂ©ans, des choses qui Ă©taient jusquâĂ peu trĂšs Ă©loignĂ©es de moi. Je connaissais ça vaguement. DĂ©sormais jâai besoin dây aller vraiment, pas simplement dâeffleurer le sujet.
Cela repasse par New York, la Mecque du genre, la ville que vous avez quittée voici trois ans ?
ForcĂ©ment. Je suis partie avec une sale image des Etats-Unis, pas du jazz. Ce sont deux choses diffĂ©rentes. Dâailleurs, je compte bien y retourner, pas nĂ©cessairement pour y habiter, pour continuer Ă Ă©tudier cette musique. Câest lĂ que le jazz est vivant, que se trouvent les gens qui mâinspirent. Et ce mĂȘme si jây ai connu le pire, la misĂšre. Jâai dĂ» faire des petits boulots pour survivre, jâallais chercher Ă manger dans les Ă©glises, mais je me suis accrochĂ©e. Je continuais coĂ»te que coĂ»te Ă assurer des gigs, jâavais un groupe, le Fort Green Project du nom du quartier de Brooklyn oĂč jâhabitais alors, avec des amis musiciens du coin. Jusquâau jour oĂč jâai dĂ» mâenfuir de chez moi avec mes enfants pour atterrir dans un foyer de sans-abris Ă Harlem. Mais lĂ encore, malgrĂ© tout le tas dâacrobaties quâil fallait faire puisque cela fermait en dĂ©but de soirĂ©e, jâai continuĂ© Ă aller chanter.
Jacques Denis
Â
21/09/2007 -Â
29/06/2006 -Â