Reportage
Nouakchott
30/05/2008 -

Dans leurs mains, le micro est un bouclier, le verbe une épée. Prenez NKC (pour Nouakchott) comme port d’attache pour un duo qui compte bien donner naissance à un mouvement très large. Monza et Couly Man portent l’étendard du hip hop mauritanien. En première ligne d’une mouvance qui n’en est qu’à son adolescence d’après Monza, 29 ans, le leader de la Rue Publik. "Les acteurs de ce mouvement ne sont pas encore tout à fait mûrs, mais les choses sont en marche", explique-t-il.
En Mauritanie, l’art du flow ne doit compter que sur lui-même pour grandir. "L’un des principaux problèmes que les rappeurs rencontrent ici, c’est l’absence de studio pour enregistrer" proteste Couly Man. "Je pense qu’il ne faut rien attendre du gouvernement. Il faut provoquer pour que les lignes bougent. L’artiste doit être sans cesse dans la proposition" explique cette plume wolof.
Kane Liman, alias Monza, "le président 2 la Rue Publik", comme il aime à se définir, a commencé à jouer avec les syllabes vers quinze ans. Il participe au groupe Africain Prodige en 1995 où il scande ses premiers textes avant de fonder en 2000 la Rue Publik.

Son acolyte, celui que l’on appelle "le médiateur de la Rue Publik", est né au son de la basse de son père, qui jouait dans l’Orchestre national de Mauritanie. Sourire enjôleur et rastas mi longues, Mamadou Coulibaly a toujours écrit des textes. Mais "Couly Man" n’a pris le micro que sur le tard. En 1999, lorsque Monza lui a demandé de venir chanter avec lui sur scène. "Cela a été une communion" plaisante Monza. "La complémentarité était évidente" poursuit-t-il.
"Rendre hommage à la rue"
De cette première passe d’armes verbales, est né un tandem aux textes prolifiques et à l’engagement politique vindicatif. Le duo ne revendique aucun leader. L’un et l’autre marchent main dans la main. En toute liberté dans une "Rue Publik", propriété de tous. "Nous voulons provoquer la République pour rendre hommage à la rue", scande Monza. "Il faut sortir la société de l’ignorance", renchérit Couly Man. Leurs thèmes fétiches : la condition sociale, les paradoxes culturels entre tradition et modernité. "Il faut remettre les pendules à l’heure. Il faut prendre le contre-pied de ceux qui copient le rap des Etats-Unis. Il y a un rejet de la culture d’origine alors qu’il faut essayer de faire du hip hop avec les sonorités de notre culture", explique Monza.
Quoi de mieux qu’un festival pour donner visibilité à ce mouvement. C’est le premier du genre en République Islamique de Mauritanie, "RIM" en abrégé. Organisé par Monza et financé dans son intégralité par la coopération française, le festival baptisé Assalamalekoum, littéralement "que la paix soit sur vous" (ou plutôt ici sur le hip hop), s’est tenu début mai dans la capitale. A côté de groupes locaux, les renforts hip hop basés de l’autre côté du fleuve, au Sénégal, sont venus prêter main forte à la programmation.

Assalamalekoum risque de donner un sérieux coup de pouce à l’émergence d’une scène rap mauritanienne. Dans ce pays, la marmite de talents bouillonne et le besoin d’expression est grand à en croire la foule venue écouter les concerts du festival. Poings levés au rythme de beats incisifs, les jeunes n’ont pas caché leur engouement. La Rue Publik n’a pas manqué le rendez-vous en donnant un concert chargé de dynamite. Envoûtés par leur flow inspiré, nos deux magiciens du verbe bricolent les mots, jonglent avec les syllabes et recollent les lettres pour en faire un élixir de jouvence. Avec la Rue Publik, la rime en "RIM" a de beaux jours devant elle.
Vincent Fertey
20/05/2008 -
19/04/2006 -
26/07/2005 -
03/03/2005 -
16/11/2004 -
27/02/2004 -