Paris
02/06/2008 -

Des musiciens de haut vol
Comme "on ne change pas une équipe qui gagne", il a renouvelé sa confiance à son guitariste Andy Barrow, "un Américain qui a grandi en Afrique et vécu pendant plusieurs années en Haïti". C’est d’ailleurs dans son studio de Miami, en Floride, qu’a été enregistré l’album. Initiateur du projet Haïti Twoubadou, Fabrice Rouzier est lui aussi de la partie. Ce producteur et instrumentiste qui a son nom sur plus de 250 albums a été le premier à croire au talent de Bélo en produisant Lakou Trankil : "On ne peut pas être musicien haïtien et ne pas avoir travaillé avec Fabrice Rouzier une fois dans sa vie", résume le chanteur.

Parallèlement, sa démarche d’ouverture à d’autres influences et sonorités l’a conduit à élargir son cercle pour collaborer avec des musiciens aux profils divers : le pianiste argentin Gabriel Saientz, le batteur costaricain Carlomagno Araya ou encore le saxophoniste hispano-vénézuelien Ed Callé, aperçu entre autres aux côtés de Franck Sinatra et Michael Bolton. "On voulait avoir cette diversité et c’est ce qui donne cette touche jazz à mon album", assure Bélo. Lorsqu’il s’est rendu en septembre 2007 à New York pour donner un concert à SOB’s, l’un des clubs les plus réputés de Manhattan, il en a également profité pour rencontrer Richard Bona et l’inviter sur son disque, estimant que tous deux vont "dans la même direction". Sur les nouvelles versions de Lakou Trankil et Istwa Dwol, déjà présentes sur le précédent disque, le chevronné bassiste camerounais "a apporté une couleur africaine", juge le chanteur haïtien.
Des textes engagés
De sa tournée effectuée l’an dernier dans une demi-douzaine d’Etats d’Afrique, Bélo a justement rapporté une chanson, Pap Negosye, composée lors de son séjour à Zinder, une ville du Niger qu’il avait atteint après quatorze heures de route : "C’est un texte qui dit aux jeunes de se protéger lors des rapports sexuels. Tout le monde sait que le sida se transmet surtout si on ne se protège pas. En tant que jeune et artiste, c’est de ma responsabilité de prendre part à la mobilisation et la conscientisation de la jeunesse."
Donner du sens à ses textes fait figure d’obligation morale pour cet ancien étudiant en comptabilité qui a été rattrapé par l’amour de la musique. Son rôle ? Etre "la voix des sans-voix". A commencer par les enfants des rues, laissés à eux-mêmes et si nombreux dans son pays. Leur sort, qu’il évoque dans Timoun Yo, est à ses yeux terriblement préoccupant. “Ce sont les adultes de demain et donc l’avenir du pays. Il faut miser sur eux si on veut vraiment qu’Haïti change." Un espoir auquel Bélo s’accroche, tout en restant lucide.
Bertrand Lavaine
07/02/2007 -
05/12/2006 -