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Le turbulent Booba

Métaphores et fulgurances


Paris 

23/12/2008 - 

Il crĂ©e la polĂ©mique partout oĂč il passe. Booba, alias Elie Yaffa, est un des poids lourds de ce turbulent rap français, toujours pestifĂ©rĂ© auprĂšs des grands mĂ©dias malgrĂ© un indĂ©niable succĂšs populaire. DĂšs le titre de son nouvel album, on sait que ça va jaser : 0.9 est le terme d’argot dĂ©signant la cocaĂŻne pure, Booba se plaçant comme un dealer de son qui propose la meilleure drogue : son rap. Sur des sons lugubres ou teintĂ©s de guitares (Salade tomate oignons), Booba multiplie les mĂ©taphores hallucinantes et les fulgurances lyriques ("Ma descendance est morte dans un rouleau de Sopalin"). Rencontre dans son magasin de vĂȘtements situĂ© dans son fief de Boulogne, prĂšs de Paris.



RFI musique : Qu’avez-vous fait entre Ouest Side et 0.9 ?
Booba : DĂ©jĂ , j’ai fait une tournĂ©e qui s’est conclue par le ZĂ©nith Ă  Paris, j’ai sorti la mixtape Autopsie volume 2 avec des inĂ©dits, et pendant tout ce temps j’ai travaillĂ© sur cet album. L’écriture peut dĂ©marrer sans musique, j’écoute la radio et une idĂ©e me passe par la tĂȘte
 Au dĂ©but, j’écrivais sur n’importe quel instru, mais le rap Ă©tait plus linĂ©aire, c’était toujours les mĂȘmes BPMs (battements par minute, unitĂ© pour exprimer le tempo d’une musique, ndlr). Aujourd’hui, ça a beaucoup Ă©voluĂ©, avec le son dirty south il y a des rythmes super lents, saccadĂ©s, donc je suis obligĂ© d’écrire sur les sons. J’ai des petites punchlines (rĂ©pliques cinglantes, ndlr) et des idĂ©es notĂ©es d’avance. Quand j’ai le son, j’adapte et je trouve le refrain.

Vous avez une image de provocateur. Le titre de votre album va dans ce sens.
De toute façon, je crĂ©e toujours la controverse. Le rap est une musique de rebelles, c’est toujours de la provoc’. D’oĂč ça vient ? De banlieue en gĂ©nĂ©ral, des quartiers, des jeunes avec des parcours un peu difficiles. Je viens du 92 (dĂ©partement des Hauts de Seine, en banlieue parisienne, ndlr), je fais souvent rĂ©fĂ©rence aux stupĂ©fiants, et 0.9 c’est la cocaĂŻne pure. J’ai fait un parallĂšle entre ma musique et la cocaĂŻne, histoire de dire que j’essaie de faire de la 0.9 dans le son. De la pure, quoi.

Vous ne semblez pas obsĂ©dĂ© par la respectabilité 
Je n’essaie pas d’aller vers le grand public parce que je ne pense pas du tout au public, je ne pense qu’à moi. Je suis Ă©goĂŻste. Quand je rappe, j’écris pour moi, il faut que ça me plaise Ă  moi. Je suis toujours moi-mĂȘme, il faut que je sois fier de moi pour que je puisse me regarder dans la glace quand j’écoute mon disque. MĂȘme si je fais un truc entre guillemets commercial avec une fille qui chante un refrain, ça n’est pas pour passer Ă  la radio, c’est parce que j’écoute aussi du r’n’b, de la variĂšt’ ou du rock. Je fais de la musique, dans le but de faire un beau morceau.

L’annĂ©e derniĂšre, on vous a vu Ă  la Star Academy. Vous comptez y retourner ?
Je pense que j’ai marquĂ© le coup en y allant, quelqu’un comme moi Ă  la Star Ac’ c’était du jamais vu, le loup dans la bergerie. J’ai chantĂ© avec une fille de la Star Ac’ dont j’ai oubliĂ© le nom, qui a fait juste le refrain. Je suis restĂ© moi-mĂȘme sauf que je suis passĂ© en prime time devant des millions d’auditeurs. Ça se casse la gueule, donc je ne pense pas y retourner. Peut-ĂȘtre dans une autre Ă©mission du genre, mais c’est du business, je suis lĂ  pour faire ma promo. A partir du moment oĂč je vais quelque part sans me travestir, sans faire le guignol ni faire rapper des guignols Ă  ma place


Votre passage Ă  Urban Peace (un concert de hip hop enregistrĂ© au Stade de France, ndlr) a Ă©tĂ© bref, on vous a vu jeter une bouteille de whisky sur le public. Que s’est-il passĂ© exactement ?
On m’a agressĂ©, j’ai rĂ©pondu, c’est tout. Je ne regrette rien, je ne suis pas fier d’avoir fait ce que j’ai fait, mais je me suis adaptĂ© Ă  la situation. Ce que je trouve regrettable, c’est qu’il n’y ait pas eu un dispositif de sĂ©curitĂ© pour Ă©loigner les casseurs du devant de scĂšne qui ont lancĂ© des projectiles, des crachats et des insultes sur tous les artistes qui sont passĂ©s avant moi. Au bout de trois heures, il faut se rĂ©veiller, prendre son talkie-walkie et dire qu’il y a des casse-couilles Ă  Ă©vacuer. J’ai du faire justice moi-mĂȘme. Si ça avait Ă©tĂ© un Ă©vĂ©nement de variĂ©tĂ©s ça ne serait jamais arrivĂ©. DĂ©jĂ  parce que le public sait se tenir mais aussi parce que s’il y avait eu du dĂ©rapage comme ça, la sĂ©cu serait intervenue directement. LĂ , c’était nous contre le Stade de France, donc on s’en est sorti comme on a pu.

Avec qui ĂȘtes-vous en compĂ©tition, dans le rap ?
Avec mon voisin de palier, avec n’importe qui. Si tu es un boxeur, la compĂ©tition c’est ceux qui sont en haut de l’affiche, mais aussi le petit en train de monter qui s’entraĂźne tous les jours comme un ouf’, qui fait son footing Ă  cinq heures du mat’ et se gobe six blancs d’Ɠuf au petit dĂ©jeuner. Ma compĂ©tition, c’est tout le monde, je ne sous-estime personne.



 Ecoutez un extrait de B2oba
Booba 0.9 (Tallac Records/Barclay/Universal) 2008
En tournée en 2009

Olivier  Cachin