Paris
05/02/2010 -

Et Des espoirs croise – on pourrait dire "comme d’habitude" – la chanson du pavé parisien, le cajun et le bluegrass, le punk-rock, des échos de la Méditerranée. François Hadji-Lazaro a tout joué : guitares, accordéons, vièle à roue, instruments à vent… "Ça apporte une cohésion que je ne trouve pas forcément en travaillant avec d’autres musiciens. C’est un peu comme en cuisine: il arrive que l’on apporte de nouvelles épices pour rehausser le goût mais que, finalement, ces épices se neutralisent et enlèvent de la saveur au plat. En jouant de tous les instruments et avec mes arrangements un peu contre-nature, j’arrive à conserver une certaine pâte, une certaine couleur dans laquelle je me reconnais."
Une exception toutefois à sa compétence encyclopédique : "Je ne sais pas jouer de batterie. Alors les parties de batterie sont faites à la voix ou au sampler, mais elles sont tellement traitées que ça ne s’entend pas." De disque en disque, sa palette s’élargit : "Comme je m’ennuie très vite, j’apprends toujours de nouveaux instruments. Ici, c’est le luth pipa chinois qui, dans la tradition, est en général joué par des femmes. Je change aussi très souvent d’outils pour enregistrer et réaliser les disques. Depuis qu’elle est apparue, je suis passionné d’informatique musicale et je réalise tous mes disques moi-même. J’enregistre partout, chez moi ou en déplacement, de jour ou de nuit, sans avoir à gérer un groupe, un planning, des horaires de studio. Chez moi à Paris, il y a quatre-vingt-dix instruments au mur. A la campagne, j’enregistre au-dessus de la cave, ce qui permet d’aller casser la croûte rapidement. Pour cet album, j’ai mis à peu près un an et demi, par périodes. Je n’ai pas de méthode d’écriture. Parfois, c’est le texte d’abord, ou la musique, comme beaucoup de gens. Mais il arrive aussi que j’écrive une ambiance musicale sans mélodie ni texte, ce qui me permet des essais dans tous les sens. Mais souvent ces nappes disparaissent au mix. J’aime cet aspect technologique et bricolo à la fois."
Chanson réaliste

On remarque aussi une reprise assez punk du célébrissime Il faut que je m’en aille de Graeme Allwright : "Je n’aimais pas forcément beaucoup ses chansons, à l’époque. Mais j’apprenais la guitare et j’étais moniteur de colonie de vacances et j’étais obligé de les connaître. Il a eu un impact énorme sur tout le monde jusqu’à la génération qui a trente ans aujourd’hui. J’ai toujours aimé faire des reprises et c’est à la campagne, en réécoutant ses disques parmi mes tonnes de vinyls que j’ai pensé à lui."
A l’automne dernier, François Hadji-Lazaro avait déjà publié une compilation de Pigalle en 2008, Neuf et occasion. Des Espoirs paraît sur le nouveau label Saucissong Records, dont le nom rappelle le légendaire label Boucherie créé par le leader des Garçons Bouchers et disparu en 1998 après avoir sorti 140 albums. "Je n’étais plus chez Universal et j’avais sorti la compile de Pigalle chez un petit label de Lille. Mon tourneur insistait pour que je fasse un nouvel album, alors j’ai fait le tour des labels indépendants. Le nom de Pigalle intéressait tout le monde. Mais si tout le monde voulait bien signer Pigalle, personne ne parlait de vraiment s’investir sur ce projet. Le marché du disque va si mal que l’on ne signe plus qu’en espérant que l’on va juste s’en sortir. On investit le moins possible pour ne pas risquer de tout perdre. Alors, pour ne pas avoir à me soucier tout le temps de savoir si le label bouge son cul, j’ai préféré en créer un moi-même."
Son prochain projet, en fin d’année, sera un livre-disque pour enfants, avec notamment de nouvelles versions des chansons faites pour eux à l’époque par les Garçons Bouchers, Los Carayos et Pigalle.
Bertrand Dicale
23/06/2009 -
29/09/2006 -
02/08/2004 -
03/05/2002 -